4 mai 1980. L’assassinat du Capitaine Basile alors qu’il portait sa fille dans les bras.


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Capitaine Emanuele Basile
Capitaine Emanuele Basile

Depuis les premières pages de ce livre, chacun aura compris que les mafieux sont à mille lieues de représenter la respectabilité, le courage et la dignité de l’homme dont ils aiment se targuer en se revendiquant comme des « hommes d’honneur » relevant d’une « Honorable société » (Cosa Nostra). Démasquons encore un peu plus la mystification de ces criminels.

Monreale est une petite ville perchée sur une des collines qui surplombent la baie de Palerme. Depuis ce promontoire, la capitale sicilienne semble engoncée entre les montagnes et la mer. Ces protections naturelles permettaient autrefois à la citadelle médiévale de se protéger contre l’envahisseur. D’un côté, les ennemis venus du large avançaient à découvert sans pouvoir attaquer par surprise et de l’autre, les montagnes formaient un rempart infranchissable depuis l’intérieur des terres. Mais comment se prémunir d’un ennemi qui vit déjà du mauvais côté des remparts ?

Au fil des siècles, vague après vague, les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs, les Romains, les Arabes, les Sarrasins, les Normands, les Souabes, les Français et les Bourbons ont intégré leur propre culture pendant leur domination sur l’île. Tous ces occupants ont façonné la cathédrale Santa Maria Nuova de Monreale selon des styles et des époques très différentes, offrant une architecture, des peintures et des mosaïques byzantines somptueuses. Ce monument reste une démonstration de ce que l’homme est capable de produire de plus éblouissant. Pourtant Monreale va devenir le théâtre d’une tragédie épouvantable, témoignant aussi de l’extraordinaire pouvoir maléfique qui habite parfois l’être humain.

Le dimanche 4 mai 1980, les habitants de Monreale se pressaient dans les rues à l’occasion de la fête religieuse du Saint-Crucifix. Les fleurs exhalaient un doux parfum qui annonçait les beaux jours du printemps revenu. Dans la foule, peu après minuit, le capitaine Emanuele Basile, 30 ans, rentrait à la maison en compagnie de sa femme et de sa fille de quatre ans avec lesquelles il avait profité d’un rare moment de détente qu’il s’accordait. Depuis quelques mois, le commandant des carabiniers avait repris les investigations du commissaire Giuliano et s’octroyait peu de loisirs. Avec le juge Borsellino chargé de l’enquête, ils s’étaient juré de remonter la piste des tueurs.

Parmi les rues bondées, deux mafiosi s’approchèrent furtivement pour tirer à bout portant sur le capitaine Basile qui tenait sa petite fille dans ses bras. Dans un dernier instinct de survie, il la serra encore plus fort pour ne pas qu’elle tombe et s’écroula sur le sol. Les misérables s’éclipsèrent au milieu d’une foule apeurée. Malgré cette tragédie publique, aucun témoin ne s’annonça jamais à la police. Cosa Nostra a longtemps pu s’appuyer sur une sorte de consensus social auprès d’une population parfois affreusement cynique :

« Si des mafieux se tuent entre eux, c’est leur problème ».

« Ceux qui s’attaquent à la mafia connaissent les risques. Personne ne les y oblige… »

En mai 1980, selon les sources officielles, le bilan des victimes de la mafia se montait à 793 personnes, dont 283 au cours des douze derniers mois. 

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Toute reproduction interdite © Avanti ! Christian Lovis (ISBN-13 : 978-1729485897)


Extrait du livre Avanti, le combat de l’antimafia (page 55-56)

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Le Maxi-procès de Palerme demeure un procès hors-norme qui raisonne encore aujourd’hui comme la plus importante action de la justice italienne contre le crime organisé. Ce procès mammouth qui s’est déroulé sous haute tension pendant pratiquement deux ans a été possible grâce au courage et à la volonté incroyable des célèbres juges Falcone et Borsellino. Ces figures emblématiques de la lutte ont permis avec leurs confrères du pool antimafia et des policiers de haut vol, la tenue de ce processus qui a mis Cosa Nostra à genou. Des parrains jusque-là intouchables ont dû répondre de leurs crimes devant un jury populaire et pour la première fois, un tribunal admettait officiellement l’existence de la mafia à titre d’organisation criminelle unifiée et structurée. Une vérité inimaginable à cette époque quand on sait que l’État italien avait toujours minoré, voire pire, nié l’existence de Cosa Nostra.

Broché : 345 pages, 27 euros.

Avanti
Livre : Avanti ! – Le combat de l’antimafia