L’arbre Falcone


Devant l’immeuble où habitait le juge Giovanni Falcone, un magnolia (symbole de la force est de la dignité) est devenu un lieu de pèlerinage pour commémorer la mémoire du magistrat antimafia assassiné par la mafia en 1992.

L’arbre qui est situé face à l’appartement du juge a été baptisé l’albero Falcone, « l’Arbre Falcone ». Juste à côté, on y voit la guérite blindée où des policiers s’installaient 24 heures sur 24 pour garder l’entrée du bâtiment locatif.  

Si vous vous rendez à Palerme, (Via Emanuele Notarbartolo, 90141 Palermo) vous y verrez cet arbre rempli de dessins d’enfants, de foulards, de casquettes et de messages touchants. J’avais d’ailleurs déposé mon premier livre sur une des racines par gratitude. C’est lui qui a donné corps à mon tempérament épris de liberté et de Justice.

Si vous vous y attardez, vous y verrez beaucoup d’amour. Peut-être observerez-vous une mariée, descendre de sa voiture et offrir son bouquet. Ou encore deux jeunes filles agenouillées, en train de prier en silence avant de repartir en laissant quelques bijoux. Des gamins qui amènent leurs plus jolis dessins. Des adolescents qui y accrochent leur casquette. Des citoyens de Palerme, mais aussi de toute l’Italie y amènent un petit mot : « Merci, les juges Falcone et Borsellino de nous avoir appris que des hommes simples et honnêtes peuvent vaincre la mafia et de nous avoir poussés à un pèlerinage de vie, d’espoir et d’action » écrit Vincenza. Des anciens y font un signe de croix avant de repartir les yeux brillants de larmes.

Giovanni Falcone sous escorte (Source GettyImages)

Ça n’a pas toujours été comme ça…

Avant la mort de ce héros, le contexte général était très différent. En effet, les Siciliens n’accordaient pas beaucoup d’intérêts pour les juges du pool antimafia. C’est dans ce contexte défavorable qu’on réalise combien il a fallu d’abnégation et de courage à ces magistrats pour mener à bien leur lutte mortelle contre la mafia.

Dans les années 80′, une lettre ouverte écrite par des voisins du juge Falcone avait été publiée dans le « Giornale di Sicilia » pour dénoncer leur situation.

Voici quelques extraits de cette lettre :

 « Régulièrement tous les jours, le matin, en tout début d’après-midi et le soir, je suis littéralement harcelée par les sirènes continues et assourdissantes des voitures de police qui escortent les différents juges dans Palerme. Je demande : est-il possible qu’on puisse se reposer un peu dans l’intervalle du travail ? Ou au moins, suivre une émission de télévision en paix ? Puisque même avec les fenêtres fermées, le bruit des sirènes est très fort ! “

Le juge Falcone combattait Cosa Nostra, la mafia alors la plus dangereuse du monde à ce moment-là. Il ne se déplaçait que dans une voiture blindée entouré d’une escorte de vingt policiers armés jusqu’aux dents. Dans la lettre, sa voisine lance alors une invitation :

« Pourquoi ces « chers monsieurs » ne déménagent-ils pas dans des maisons aux abords de la ville, afin d’assurer la tranquillité de nous, citoyens ouvriers ? Ça permettrait aussi d’assurer la sécurité de nous tous, qui en cas d’attentat serons impliqués sans raison ».

Le juge Falcone qui a vécu plus de 11 ans sous escorte policière ne voyait le soleil qu’à travers les vitres blindées de son auto. Il a totalement sacrifié sa vie en poussant ses vertus civiques jusqu’à l’extrême. Nul doute que ce genre de récriminations devaient ajouter à sa peine…

« On ne juge pas un homme pour les fois où il tombe, on juge un homme pour les fois qu’il se relève » citait Jigaro Kano, le fondateur du judo.

C. Lovis – © ANTIMAFIA.net – Janvier 2022

La gérite blindée devant l’immeuble où habitait Giovanni Falcone
L’arbre Falcone (Via Emanuele Notarbartolo, 90141 Palermo)

2 commentaires

  1. Immense Respect. Et respect avec un grand R. Loin de cette société où tout ce qui brille a force de loi, des communicants à la novlangue absconse de salon, des grandes gueules de plateaux TV et chaînes internet, de politiques « professionnels » d’hémicycles ou de Ministères donneurs de leçons, ces femmes et hommes de justice humbles continuent au quotidien sans relâche et en silence avec un courage sans nom à lutter contre l’injustice, l’argent sale, la criminalité. Une vie privée (et parfois une vie tout court) mise au ban, sacrifiée sur l’autel de valeurs mais animés par une rage de justice au service de l’intérêt général. Falcone, Borsellino, Michel et tant d’autres sont ces étoiles qui continueront à jamais à scintiller, exemples parfaits de ce qui définit… le mot RESPECT.

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