Le procureur antimafia Gratteri s’exprime sans concession


Guerre en Ukraine

Lors d’une émission de télévision, Nicola Gratteri, le chef du Parquet de Catanzaro a déclaré que la décision des pays européens d’envoyer des armes en Ukraine était dangereuse pour la sécurité de l’Europe et de ses citoyens. Pour le procureur antimafia : « Il est évident qu’à la fin de cette guerre, il y aura sur le marché noir de nombreuses armes beaucoup plus lourdes et considérablement plus redoutables que celles qui ont été utilisées lors du conflit en ex-Yougoslavie ».

Une montagne d’argent liquide difficilement traçable

Nicola Gratteri signale aussi que le plan national de relance et de résilience (PNRR) qui prévoit un paquet d’investissement de plus de 222 milliards d’euros n’est pas une décision réfléchie du gouvernement de la Péninsule. Le procureur a souligné que « la plus grande densité de mafias dans le Nord se trouve en Lombardie (une des régions les plus riches d’Italie), tandis que c’est en Allemagne qu’on retrouve la plus importante concentration de mafias en Europe. C’est-à-dire précisément dans des zones où il existe déjà beaucoup de richesse, mais surtout aucune législation qui limite l’utilisation de l’argent liquide. En Allemagne, dit-il, vous pouvez payer avec 10, 20 ou 50 000 euros en espèces sans que personne ne vous demande la provenance de cet argent ».

Les mafias, a expliqué le magistrat, sont installées et enracinées aujourd’hui dans les zones riches où il y a des investissements. Les mafias sont à l’intérieur des circuits de l’économie et de la politique. Le magistrat ajoute que les mafias « votent et font voter ». Incontestablement, les sommes colossales des plans de relances décidées par le gouvernement Draghi vont profiter au crime organisé.

 La lutte contre les mafias est rarement la priorité des économistes

Le procureur antimafia n’a pas hésité à tacler le Premier ministre Mario Draghi en soulignant que lors de son discours d’investiture, il n’avait pas une seule fois prononcé le mot « mafia ». Pour un chef de gouvernement d’un pays qui ne compte pas moins de 4 mafias majeures sur son territoire et dont la plus puissante du monde avec la ’Ndrangheta, on peut facilement partager l’étonnement du procureur antimafia. Il faudra d’ailleurs attendre un an et deux mois après sa prise de fonction pour entendre enfin Mario Draghi parler de lutte contre la mafia. Un tel délai pour évoquer un problème majeur n’était jamais arrivé dans un gouvernement italien.

Quand le journaliste demanda à Gratteri pourquoi le Premier ministre n’avait pas attiré l’attention sur le sujet de la mafia, le procureur rétorqua par une vérité indubitable : « Parce que c’est un économiste », en rappelant que les recettes des mafias étaient également incluses dans le calcul du PIB.

Nicola Gratteri s’explique sur la justice italienne

Lors de cette interview, Nicola Gratteri n’a pas caché sa perplexité face aux décisions du Premier ministre : « À la fin, tout ce qui a été fait par ce gouvernement porte préjudice aux citoyens. Aucune des réformes entreprises n’a permis d’accélérer les procès pour donner des réponses aux personnes honnêtes qui ont faim et soif de justice », a déclaré le magistrat.

La réforme du système judiciaire « est un désastre », a-t-il souligné en évoquant la question de l’évaluation des magistrats par les avocats. « L’avocat du conseil des avocats doit livrer une appréciation de mon travail. Ce n’est pas quelque chose qui me préoccupe parce que j’en suis à ma septième évaluation et je n’ai plus besoin d’être évalué. Mais vous imaginez qu’un avocat vienne à mon bureau et requiert, au nom de son client sous enquête, la levée du séquestre d’un supermarché d’une valeur de 5 millions d’euros. Si je refuse sa demande, quelle sérénité aura cet avocat s’il est désigné la semaine suivante pour juger mon travail ? ».

Le procureur analyse sans détour la situation actuelle sur la ’Ndrangheta : « Ses connexions politiques et institutionnelles, combinées à son énorme pouvoir économique et à sa nature unitaire qui n’a été démontrée qu’avec un retard extrême en 2010 font de la ’Ndrangheta l’une des mafias les plus puissantes du monde, capable de diriger même les choix et le destin d’un pays. Ce concept échappe malheureusement encore aux banquiers prêtés à la politique. »

En résumé, avec l’avènement de banquiers en politique comme Mario Draghi (Italie) ou Emmanuel Macron (France), les mafias ont encore de beaux jours devant elles…

C. Lovis

Source : antimafia Duemila & presse italienne

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