Hommage à Paolo Borsellino : 30 ans déjà


Le 19 juillet 1992, moins de deux mois après son collègue et ami Giovanni Falcone, le juge antimafia Paolo Borsellino ainsi que 5 membres de son escorte étaient assassinés dans un attentat à la bombe d’une extrême violence en plein Palerme.

L’attentat

Nous sommes le dimanche 19 juillet 1992, c’est le dernier jour de la vie de Paolo Borsellino. Il savait que du TNT était arrivé en Sicile pour lui. Ce matin-là, à 5 heures du matin, il reçoit un appel de sa fille Fiammetta depuis la Thaïlande où elle passe des vacances. Deux heures plus tard, c’est son autre fille qui le réveille pour lui dire qu’elle l’aime. Puis le juge décide d’aller au bord de la mer avant d’aller déjeuner chez un vieil ami de la famille avec sa femme Agnese. Il profite d’une absence de quelques minutes de cette dernière pour confier à son ami : « Le TNT est arrivé pour moi en Sicile ».

A 16h30, il part et se rend chez sa mère qui habite à Palerme. Il met ses papiers, son paquet de cigarettes et son agenda rouge dans son sac en cuir et file avec son escorte à la via d’Amelio 21.

La Fiat Croma traverse la rue entre des voitures garées en épi. Au bout, comme la rue est fermée, les voitures font demi-tour. À quelques pas de là, personne n’a vu l’homme qui se tient discrètement dans un immeuble en construction à proximité, une télécommande à la main. Le convoi roule encore quelques mètres et arrive exactement à l’endroit où se trouve maintenant un olivier que la mère de Paolo a demander de planter à la place du cratère.

Lorsque le juge sonne à l’interphone, il est 16h58 et vingt secondes. Il n’a pas le temps de terminer sa phrase : « C’est Paolo… ». C’est l’enfer. La Fiat 126 rouge garée depuis deux jours devant la balustrade, bourrée de 90 kilos de TNT et de pentrite, explose. Paolo Borsellino, Emanuela Loi, Walter Cosina, Claudio Traina, Vincenzo Li Muli et Agostino Catalano, le chef de l’escorte, meurent déchiquetés. 113 logements sont détruits. En quelques minutes, les ambulances, les pompiers et la police arrivent. La confusion règne : la poussière rend tout plus gris, plus opaque, au point que quelqu’un, on ne sait toujours pas qui, prend le journal rouge où Paolo avait l’habitude de noter ses réflexions sur ses entretiens d’investigation et ses rendez-vous importants, de révélations de repentis. L’agenda n’a jamais été retrouvé.

L’enquête a déterminé que l’agenda rouge était dans la mallette du juge ce jour-là et qu’elle avait résisté à l’explosion. et qui aurait été prélevée par le carabinier Arcangioli alors que les voitures brulaient encore. Puis repris sa place sur le lieu du drame un peu plus tard, sans l’agenda à l’intérieur. Cette supposition est documentée. Par une photo d’Arcangioli valise en main.

Quelques minutes après l’attentat, Giovanni Arcangioli, capitaine des carabiniers a été immortalisé sur une photo avec la mallette de du juge Borsellino. Quelques minutes plus tard, il a ordonné à un subordonné de remettre l’objet sur le siège arrière de la voiture du juge. Lors du procès, il a admis les faits mais n’a jamais fourni d’explication plausible à son comportement étrange.

L’officier des carabiniers Giovanni Arcangioli quittant le lieu du massacre avec la mallette du juge Borsellino

« Quand Paolo a été tué, c’était certainement aussi pour lui soustraire cet agenda rouge, sur lequel il avait noté tant de secrets sur les infiltrations de la criminalité organisée à l’intérieur de la magistrature, des services secrets, et de l’État. Si ces infamies venaient à être découvertes, alors probablement nous assisterions à un nouveau tournant dans l’histoire italienne »

Salvatore Borsellino, frère de Paolo

« Il est normal que la peur existe, en tout homme, l’important est qu’elle soit accompagnée de COURAGE. Il ne faut pas se laisser envahir par la peur, sinon elle devient un obstacle qui empêche d’avancer ».

Paolo Borsellino (1940-1992)

Source : « Les Hommes de l’Antimafia« , Christian Lovis

Source photographique : L’Unita

Un commentaire

  1. Ça me choque toujours un peu lorsque dans la presse mainstream les hommages vont surtout à Giovanni Falcone. Selon moi, ces deux grands Messieurs et compagnons de route devraient être honorés en même temps. Merci de ne pas les oublier, ils sont liés à jamais par leur immense courage.

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