Le procureur Costa assassiné en 1980


Communiqué ATS/AFP du 7 août 1980

Le procureur général de Palerme assassiné

Le procureur de la République de Palerme, M. Gaetano Costa, 64 ans, été assassiné hier soir en plein cœur de la capitale de Sicile, a-t-on appris de source autorisée. Le magistrat, atteint au visage et au thorax par plusieurs projectiles, est décédé peu après son arrivée l’hôpital. Marié et père de deux enfants, il était natif de Sicile. Selon les premiers témoignages, il été abattu en pleine rue, devant un cinéma proche de son domicile, par un jeune homme qui le suivait pied. Une fois son forfait accompli, le meurtrier s’est enfui dans une voiture «Autobianchi 112» conduite par un complice.

La police et les carabiniers ont aussitôt déclenché une vaste chasse l’homme. Des centaines d’agents des forces de l’ordre ont occupé les rues et établi des barrages aux portes de la ville.

M. Gaetano Costa était un adversaire déclaré de la Mafia. Depuis son arrivée Palerme il deux ans M. Costa s’était employé faire la preuve de l’existence de liens étroits entre les clans mafieux siciliens et les «familles» américaines, en particulier la «Costa Nostra».

Son enquête avait notamment conduit l’arrestation et l’inculpation au cours des derniers mois d’une centaine de personnes soupçonnées d’appartenir au «gotha» de la Mafia sicilienne et américaine. En particulier, il avait révélé les liens que le financier Michele Sindona avait noué avec les mafieux de l’île.

M. Costa est le 12ème magistrat assassiné en Italie depuis six ans. Le 23 juin dernier, le substitut au procureur de la République de Rome, M. Mario Amato, avait été abattu par un néo-fasciste. Son assassinat avait entraîné des mouvements de grève dans la magistrature. (ats/afp)

Source L’Est vaudois du- Jeudi 7 août 1980

Extrait du livre : AVANTI, le combat des hommes de l’antimafia de Christian Lovis

Après avoir paraphé seul les mandats d’arrêt, Gaetano Costa referma sa plume, le regard dans le vide. Il resta quelques minutes dans son fauteuil, irrité par les atermoiements de ses confrères. Il éprouvait une solitude absolue, la solitude d’un arbre sans fruits. Il se leva puis réajusta sa veste de costume, contrôla la bonne position de sa cravate et sortit de son bureau. En remontant dans le couloir, il croisa Rocco Chinnici qui le salua.

— Bonjour cher confrère. Comment allez-vous ?
— Oh, si l’on supprime mon agacement et ma déception, tout va bien.
— Qu’est-ce que vous tracasse ? 
— Oh, il me plairait que ça ne soit qu’un simple tracas, répliqua Costa. Mais allons dans notre bureau suspendu.

Cette remarque leur décrocha un sourire complice. Ce fameux bureau constituait l’ascenseur. Devant la sourde hostilité de certains collègues et pour échapper aux oreilles indiscrètes, ils avaient pris l’habitude de se confiner dans l’ascenseur pour parler des sujets les plus sensibles. Une fois à l’intérieur, ils enchaînaient les allers-retours, le temps de leur échange. 

Ils marchèrent en s’entretenant à voix basse dans le couloir du Palais de justice, comme dans une longue procession. Au moment de croiser un greffier chargé de dossiers arrivant en sens inverse, ils stoppèrent leur discussion dans un réflexe de précaution. On n’est jamais trop prudent quand on lutte contre la Mafia. Parvenu à la hauteur de l’ascenseur, Gaetano Costa l’invita d’un geste de la main à le suivre dans la cabine. Le procureur de la République se confia à voix basse au chef du Bureau d’instruction.

— Malgré mon insistance, mes substituts ont opposé une fin de non-recevoir. Aucun n’a accepté de signer les arrestations du réseau Spatola. Ils se sont réfugiés derrière des formalités légales et évoqué des problèmes juridiques. Ils voulaient attendre et attendre encore. Mais il sera trop tard quand tous les policiers honnêtes seront assassinés ou mutés ! 

— Quand vous m’évoquez ça, cher Gaetano, ça me rappelle une phrase de Winston Churchill qui disait que « les Italiens vont à la guerre comme on va à un match de football et à un match de football comme on va à la guerre ». L’attitude de vos substituts est d’une grande lâcheté, car elle vous isole dangereusement !

— Je sais que les avocats de la défense se rueront sur ces problèmes juridiques, mais je refuse d’attendre encore que d’autres crimes soient commis avant d’agir. En détention préventive, les accusés ne pourront plus nuire et nous, nous pourrons continuer nos investigations en faisant face à ces formalités, qui de toute façon, ne modifient en rien la suite de la procédure !

Rocco Chinnici, la figure virile et volontaire, posa une main sur l’épaule de son confrère et l’encouragea de toute sa détermination teintée d’admiration.

— La raison triomphe toujours, Gaetano, et il n’y a pas de courage triste. Tu as le soutien inconditionnel du Bureau d’instruction. Ces mandats d’arrêt sont la seule façon de mener à bien cette instruction et de montrer que la justice ne s’incline devant personne. Même pas la Mafia !

— Merci pour ton soutien, Rocco. Nous ne devons rien lâcher ni reculer.... Surtout après tant de sacrifices manifesta Costa en songeant à Giuliano, Basile et Mattarella, les derniers « cadavres exquis » de Cosa Nostra. 

 « les Italiens vont à la guerre comme on va à un match de football et à un match de football comme on va à la guerre ».

Winston Churchill
Livre : Avanti ! – Le combat de l’antimafia

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