Paul Getty III libéré après plus de cinq mois


Dans une zone montagneuse de la Calabre, Paul Getty III, l’héritier de l’homme le plus riche du monde, enlevé à Rome il y a 158 jours, a été remis en liberté au cœur de la nuit de vendredi à samedi, par ses ravisseurs qui venaient de toucher la veille une rançon de près de 9 millions de francs suisses. « Je suis Paul Getty, vous n’auriez pas une cigarette ? » a simplement dit Paul au capitaine des carabiniers qui l’avaient finalement trouvé vers 5 h. du matin, transi de froid et d’humidité, sous l’avant-toit d’une station — service fermée de l’autoroute du Soleil.

Quelques minutes auparavant, les carabiniers avaient été informés par un camionneur qu’un jeune homme cherchait à téléphoner et arrêtait les véhicules à cet endroit, mais que les rares voitures qui passaient ne ralentissaient même pas, craignant une mauvaise rencontre.

Le camionneur, entendant à la radio des nouvelles sur l’enlèvement de Paul, avait cependant jugé utile d’avertir la police à tout hasard.

Vêtu des habits d’été qu’il portait lorsqu’il fut enlevé place Farnese, à Rome, devant l’ambassade de France, dans la nuit du 9 au 10 juillet, avec, par-dessus, un pull offert par ses ravisseurs, Paul avait erré deux heures, sous une pluie glacée qui tournait à la neige dans les montagnes lucaniennes, proches de Lagonero, chaussé de simples espadrilles de tennis. Arrivé chez le capitaine Eliseo, il a bu un café au lait puis trois verres de lait, et s’est ensuite mis à manger des spaghettis, puis un solide bifteck après avoir été habillé d’hiver par la femme du capitaine pendant que son mari faisait ouvrir un magasin de chaussures : aucun de ses souliers n’allaient au garçon, qui chausse du 45.

Une heure plus tard, Paul embrassait sa mère qui, dans la nuit, avait été conduite en Calabre par une voiture de la police après un coup de téléphone anonyme annonçant la libération du jeune homme. Tous les deux éclataient en sanglots. « Ce dont j’ai le plus souffert, ca été du froid. L’enlèvement s’est déroulé place Farnese, a raconté Paul. J’ai senti un type qui bondissait sur moi, par-derrière, puis des coups sur la tête. À plusieurs, ils m’ont jeté dans une voiture, puis nous avons fait un long voyage. Par la suite, j’ai souvent changé de cachette, sur de petites distances, à pied ou en voiture. Toujours des grottes ou des masures abandonnées. J’ai pris l’habitude de marcher voûté, le plafond était toujours trop bas. »

« Pour me couper l’oreille, en guise d’anesthésie, j’ai eu droit à un bon coup de gourdin sur le crâne. Je ne me suis malheureusement pas évanoui. J’ai suivi toute l’horrible opération, conscient. Maman veut que j’aille aux États-Unis, pour que l’on me pose une prothèse. Je ne veux pas. Je veux conserver toujours les marques de ce cauchemar. Je n’ai jamais vu le visage de mes ravisseurs. Ils portaient toujours des cagoules sur la tête. Ils parlaient avec un accent méridional ».

« Je vais financer la recherche des ravisseurs. Quand nous les aurons trouvés, les Italiens apprendront le vrai sens du mot « vendetta »

Le père de Paul Getty

La police pense qu’il pourrait s’agir d’un groupe de la mafia sicilo-Calabraise spécialisé dans le trafic de drogue. Paul aurait été un de leurs clients. Cela leur aurait donné l’idée de l’enlèvement. À ce propos, on note qu’après les déclarations des amis de Paul, pendant l’enquête, le jeune homme pourrait maintenant être inquiété pour usage de drogue. Il risquerait deux ans de prison. Alors que ses ravisseurs risquent 30 ans de prison s’ils sont jamais pris.

L’arrivée à Rome du jeune homme a provoqué deux accidents au cours de la poursuite-gymkhana à laquelle se sont livrées une dizaine de voitures de photographes, à des vitesses folles, même dans les rues de Rome, dépassant le 120 kmh. Les voitures de photographes rattrapaient régulièrement la voiture de police transportant Paul pour pouvoir photographier en pleine course le jeune homme, roulant côte à côte avec l’auto des carabiniers.

À la « questura » à l’arrivée du jeune homme et de sa mère, qui fumaient tous deux cigarette sur cigarette, une cinquantaine de photographes et cinéastes les attendaient.

Par une porte dérobée, Paul et sa mère sont repartis rapidement vers une clinique, la villa Caria, où Paul occupe la seule chambre du cinquième étage, précédée d’une salle d’attente et d’un bar. Samedi après-midi, il y est resté seul avec sa mère. « Ce sera le plus beau Noël de notre vie », a-t-elle simplement déclaré. Dans la soirée, son avocat, Me Giovanni Jacovoni et trois amis, deux Américains et un Italien, ont rejoint Paul à sa demande. La clinique est gardée par la police, et assiégée naturellement par les journalistes.

Le père de Paul, à Londres, a déclaré : « Je vais financer la recherche des ravisseurs. Quand nous les aurons trouvés, les Italiens apprendront le vrai sens du mot ‹ vendetta ›.

Giovanna Abreu


Article paru dans le 24 Heures N°293 du lundi 17.12.1973

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EPILOGUE par Antimafia.NET

Neuf hommes ont été arrêtés pour leur implication présumée dans l’enlèvement, mais seuls deux hommes ont été condamnés. Paul Getty III avait 16 ans au moment de son enlèvement. Il est alors le petit-fils de l’homme le plus riche du monde.

Neuf hommes ont été arrêtés pour leur implication présumée dans l’enlèvement, mais seuls deux hommes ont été condamnés. Paul Getty III avait 16 ans au moment de son enlèvement. Il est alors le petit-fils d’un magnat du pétrole, l’homme le plus riche du monde. Le plus triste dans cette histoire est que son grand-père accepta de payer la rançon qu’après l’épouvantable ablation de son oreille. Mais le plus sordide était à venir. Si le milliardaire accepta finalement de payer pour libérer son petit-fils, c’est après que ses comptables découvrirent qu’il pouvait déduire 2,2 millions de dollars de ses impôts, les 800’000 dollars restants étant un prêt à 4% qu’il constenti au père de la victime.

A 25 ans, le jeune Paul Getty traumatisé par son rapt est rattrapé par son indépendance à la drogue et à l’alcool. À la suite d’une overdose, il fait un accident vasculaire cérébral massif qui le plonge dans un lourd handicap. Paralysé, quasiment aveugle et limité dans la parole, John Paul Getty III est décédé le 5 février 2011, à l’âge de 54 ans.

John Paul Getty III est entouré de journalistes et de policiers alors qu’il quitte le poste de police après sa libération par des ravisseurs qui lui ont coupé l’oreille droite

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